![]() |
|
Spaces home Pensées obliquesPhotosProfileFriendsMore ![]() | ![]() |
Merci de votre visite ! Ateliers et blogs
|
Pensées obliquesLa vie est un miracle, l'abandon est un fait. Lutter est un abaque où le temps ne tarit jamais.
4/21/2008 S’il est encore tempsS’il est encore temps
Sur mes paupières
Coule la vérité. Des nuits entières, Je ne peux oublier. Il y a si peu d’espace, Je ne peux m’envoler. Le temps en moi retrace Une route, pour changer. Je plonge dans l’abîme,
Retrouver l’homme à l’affut. Mes tableaux se griment D’une absinthe, dont le flux Ruine ma vie, sans retenue. Reste un fil d’espoir, infime. Encore un départ,
Est-ce le bon, maintenant ? De ce lieu où s’égarent Mes tourments, Encore un regard Sur mon ancien temps, S’il n’est pas trop tard De libérer l’enfant. Cette carapace de l’offense
Où mon paradis prit fin, Livre sa carence Dans la moiteur de mes mains. Les cris de mes parents, cette clameur, Les coups, finir à genoux, Me resserrent le cœur. En venir à bout ? Repeindre l’espoir,
Recouvrer mon vent, Cacher le miroir De ma livrée d’antan. A marcher dans le noir, Je m’affirme pourtant, Me relève du mouroir, La peur entre les dents. 21/04/08 :oj Ma clope ! (sur un air de...)Ma clope !
Quand même, j’vous assure,
C’est pas rigolo, C’est pas une sinécure S’boulot. Croyez bien qu’je bosse, Que j’porte mon fardeau, Mais là on m’cherche des crosses Dans l’dos. C’est pas qu’ça m’dérange, Entendez-moi bien, Y’a qu’les cons qui n’changent Pas, j’sais bien… Mais m’prendre un P.V, Comme une apocope, Me privant d’fumer Ma clope ! J’m’en relève la nuit
Attiser ma braise Car c’est là que j’suis A l’aise. J’prétexte le p’tit coin, Que j’aurais des fuites, Que j’retiens plus rien, Ma p’tite. J’reste le cul vissé Sur un coin d’la selle. J’dois être barbouillé, Pense-t-elle… Moi je peux taffer Sans peur qu’on me chope. Là, j’peux savourer Ma clope ! Y’en a qui fricotent,
Qui se purgent l’haleine, Sans risquer la note, A peine… Suffirait d’pouvoir Arrêter mant’nant Sous le bon vouloir D’ces gens. C’est la loi nouvelle : Préservons l’air pur. Moi dans la ruelle, J’carbure. Avec les doigts gelés, J’vous jure qu’c’est pas top D’arriver d’fumer, Ma clope ! J’ai pas la vérole,
Je crame pas du chanvre, J’transpire pas l’alcool, Moi j’trouve. Je fais pas l’aumône, Mais quand vient décembre, J’me caille les neurones, J’me couvre. J’étais bien pépère, Je faisais pas d’mal, Trouvant l’atmosphère Au poil, Maint’nant j’vais m’cailler Quand le vent m’env’loppe, En allant fumer Ma clope ! Voyez, c’est malin,
Quand il fait pas beau, J’dois trouver un coin, Je bouge. Même dans les jardins, Les gens tournent le dos, Car fumer, ça craint. J’vois rouge. Faudrait qu’je picole, Là, on m’dirait rien. Etre bourré quand j’rentre S’rait bien. J’devrais m’contenter De soulever des chopes, Plutôt que d’fumer Ma clope ! 20/04/08 :oj 4/9/2008 Actes Manqué (11) : Y'a quelque chose qui cloche ?Actes Manqué (11) : Y'a quelque chose qui cloche ?
« Attention, avant de vous adresser au guichet, pensez à vous munir de l'unique souvenir qui rappelle que vous avez été vivant ! »
- SUIVANT !! - Bonjour. - Ah ! Bonjour monsieur. Pour vous ce sera le couloir C. Vous avez bien pris compte de la consigne avant de venir réclamer votre aiguillage ?
- Oui, c'est bon, j'ai ce qu'il me faut. Mais, c'est tout ? - Ben oui. Vous attendiez quoi ? - Ben, j'imaginais l'accueil un peu plus. - Quoi ? Vous pensiez trouver des anges aux harpes bucoliques, voir des trompettes tonitruantes pour saluer votre arrivée ?
- Peut-être pas ce genre de folklore, mais éventuellement un brin plus accueillant, quelque chose qui ressemble aux portes du paradis, une sorte de bienvenue dans l'autre monde,
mais pas ce pole administratif.
- Parce que vous croyez qu'il suffit de claquer des doigts, et pouf ! On est au jardin d'Eden ? - En fait, j'ai plutôt claqué du bec. - Vous m'excuserez, mais je n'ai pas le temps de jouer sur les mots. On ne rentre pas ici comme dans un moulin. On doit d'abord passer à l'étude de votre dossier avant de savoir
vers quelle option vous serez dirigé.
- Option ? - Oui les orientations restent très nombreuses. Maintenant, si vous le voulez bien, il y a foule, comme on dit, et même quand on dispose de l'éternité, on n'a pas de temps à
perdre.
- Je n'abuserais pas, mais on le rencontre quand ? - Qui ? - Ben, le bon dieu. - Le. Ah, oui. Comment vous dire, à force de vouloir être partout à la foi, il finit par ne plus être bien visible, mais nous faisons tout notre possible pour assurer ses services.
- Arrêter, je vais finir par me croire dans un bureau de S.A.V. - Malheureusement, si vous êtes là, c'est bien qu'il n'y a plus la possibilité de réparer. - C'est bien ce que je dis. Je vous remercie tout de même pour votre charmant accueil - Dans ce cas, vous n'avez plus qu'à rejoindre le bout de la file d'attente, dans le corridor. Au revoir.
- Très bien. Isidore gagne donc le couloir C, d'un pas nonchalant, les mains dans les poches. Il se cale à l'arrière de la longue procession dont il n'aperçoit pas l'extrémité. A peine a-t-il pris position,
qu'un homme vient se placer sur ses talons. Il se sent tout de suite mal à l'aise car il a
horreur d'être oppressé dans si peu d'espace. Ce n'est pourtant pas la place qui doit manquer
ici. Il n'en revient pas. Tous croulent sous le poids d'énormes dossiers. Il y en a munis de
brouette, de caddie, de diable, de toutes sortes d'engins qui permettent le transport de
tonnes de paperasses, agglutinés dans ce goulot. On étouffe ici, bien qu'ils soient déjà tous
refroidis, puis l'oxygène tend à se raréfier. Isidore pouffe intérieurement à cette pensée,
comme s'il respirait encore.
Il se retourne vers le nouveau venu et constate qu'une vingtaine de personnes se sont ajoutées à la file. Malgré la foule dense, l'avancée reste fluide et constante. Un pas, puis
deux, un autre, une pause de quelques secondes, puis ça repart. La personne qui le suit
semble intriguée. - Excusez-moi mais, vous ne vous êtes pas trompé de file ? - Pourquoi ? C'est bien la C ? rétorque Isidore. - Oui mais je suis surpris que vous n'ayez rien avec vous. Votre vie a-t-elle été si dépourvue de relief que vous ne vouliez point en garder ?
- Non, ce n'est pas cela. Au contraire, je suis repu et mon existence fut des plus agréables. Vous savez, même le plus miséreux d'entre nous détient au moins un doux souvenir à
sauvegarder. Ne vous fiez pas aux apparences. Tel que vous me voyez, je dispose d'une
multitude d'informations que le plus gros de ces dossiers ne saurait contenir. - J'avoue que je ne vous suis pas. - Pourtant, vu votre position. Pourquoi vous encombrer ainsi, alors que dans ce monde moderne, il suffit de si peu.
- Je ne saisis pas. Là, il y a quelque chose qui cloche. - Je vous en prie, de toute manière ce cortège avance plus vite que je ne m'y attendais. J'aurais cru passer une partie de l'éternité ici.
- J'ai entendu dire qu`ils avaient un local de réception spécifiquement aménagé pour cela. Ceci étant, vous ne m'éclairez guère sur votre manque de charge.
- Vous allez bientôt être avisé, ça va être mon tour. - Je suis impatient de voir ça. Isidore sourit, les mains toujours dans ses poches. Il franchit les quelques pas qui le sépare de ce nouveau guichet.
- Bonjour. Vous êtes ? - M. Isidore Paske. - Un instant, je consulte ma liste. voilà. Vous avez bien lut l'écriteau vous demandant de prendre en charge vos souvenirs ?
- Oui, mais je suis une personne qui vit avec son temps. - Rectification, qui vivait. - Rectifié, en effet. Tenez, tout est là. Le guichetier regarde l'objet qu'Isidore a sorti de sa poche et posé délicatement devant lui. Il interpelle un collègue qui, fixant le petit bout de plastique, secoue la tête avec
amusement.
- Excusez-moi monsieur Paske, mais je fais quoi de cela ? - Rien de plus simple, il vous suffit de la brancher sur un ordinateur et d'en récupérer le contenu.
- Vous pourriez préciser ? - C'est facile, regardez. J'enlève le capuchon. Ceci est une clé USB dans laquelle j'ai stocké tous les dossiers et photos personnels, tous les documents importants de ma vie.
- Et vous apercevez un quelconque ordinateur ici ? - Non mais vous devez bien en avoir un pas loin de là. Tous les services administratifs en sont équipés, chez nous.
- Vous n'auriez pas amené une centrale électrique avec vous ? lui demande le guichetier en éclatant de rire.
- Mais vous faites comment pour la lumière ? - Ici l'éclairage est naturel, il y fait constamment jour. Vous n'avez plus qu'à retourner à l'accueil, penser à vos souvenirs pour en générer les volumes, et revenir nous voir.
- J'ai fait tout ce chemin pour rien ? - C'est le problème des gens qui croient tout savoir. Vous n'avez plus qu'à reprendre la petite coursive, en face. Tachez de faire les choses dans l'ordre.
- Vous êtes certain de n'avoir aucune autre solution ? On pourrait peut-être la brancher ailleurs.
- Il va falloir arrêter de croire aux miracles, monsieur. La seule façon d'être au courant ici, serait de se prendre la foudre.
- Et vous trouvez ça malin. - Il y a une différence entre être sûr de soi et sûr de ce que l'on fait. A bientôt. Isidore s'en retourne dans l'interminable allée qui le ramène à son point de départ, se maudissant à chaque pas qu'il fait. 04/04/08 :oj 3/30/2008 Ba ! jours là, j’a mouru…Ba ! jours là, j’a mouru…
C’est c’te bô matin, dans une ch’tite clairière.
J’balade mon mâtin qu’tire sur la lanière. L’air frais est emprunt des senteurs des rosières. J’prends toujours ce ch’min pour garder mes repères. L’aube s’fraie un brin d’lumière ent’les arbres.
Ca donne un air d’mystère comme un effroi de marbre. J’lâche mon chien qui flaire tous les amoncellements glabres. Il est tout fou quand j’libère… Il y pisse partout d’s’tous les arb’. On avance pépère, tout droit pour s’poser dans la lumière
Où s’espacent en cercle de noix c’tes feuillus, c’tes connifères Assemblés là, unis com’ mes doigts, communion d’frères, Com’ pour m’cueillir mon chien et moi au milieu d’un conseil de guerre. L’ciel amorcé d’ptits nuages blancs se découvre à nos yeux d’réveille. Nous au milieu d’cézarb’ géants, on écoute s’nature qui fraye. L’bourrasque nous a ballotté par le vent t’fait sortir à s’t’heure de ton sommeil, Secouant les masses en pleins d’craquements à n’plus entendre bourdonner l’zabeille. Moi, j’suis là que j’l’a pas vu venir. l’Nestor à kèke pas a flairé d’pauv’ bêtes.
Si j’avais’tendu c’te voix qu’pousse à m’enfuir, j’s’rais pas ici à commenter c’te lettre. J’m’avais fait bô et tout reluire car au marché j’rejoignais Lucette. La pauv’ doit encore s’languir à croire qu’jui ai posé l’apin, mazette ! J’tais là à regarder l’chien frémir, l’nez en l’air, l’yeux hors d’la bête.
La première fois qu’j’lai entendu gémir à m’en fair’ glacer la tête, Que j’n’ai même pas vu l’coup v’nir tant qu’ma bestiole avait l’air inquiète. A peine j’leva les yeux, en un soupir qu’j’étais réduit en miettes… J‘vous dis, j’m’attendais pas à ça. C’machin m’a tombé sur la tête, Pas eu l’temps d’l’éviter un brin, Qu’j’méclate comme un p’tit pois dans l’assiette. 3/24/2008 Acte Manqué 9 : 1, 2, 3, soleil.Acte Manqué 9 : 1, 2, 3, soleil.
La lettre est sur son bureau depuis trois jours, non ouverte. Sébastien a pour coutume, comme chaque week-end, de se mettre au vert et multiplie les activités. Qu'il fasse beau, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, rien ne l'arrête, prenant
toujours des risques plus ou moins calculés.
Puis il a un bon ange-gardien. Il est toujours sortie indemne de tous les accidents qui lui sont arrivés. Il a survécu une semaine sous terre, coincé dans une grotte inondée, ses
trois coéquipiers ayant moins de chance que lui, frôlé de justesse par une avalanche dans
un couloir qu'il venait de traverser, la masse neigeuse emportant une autre cordée. Autant
de détails qui lui donnent une confiance sans borne en sa manne protectrice.
Sa mère se fond en prières à chacun de ses départs, lui disant qu'il n'y a rien d'éternel, que la chance finirait par le lâcher. Ces propos le font rire aux éclats, déclarant qu'elle
seule portait la guigne à la famille.
Mais la lettre est là pour livrer son annonce fatale dans une enveloppe cartonnée, dégageant une odeur de souffre. Trente cinq longues années qu'il n'a senti ce parfum.
Sébastien reste calé dans le fond de son fauteuil, sirotant avec délectation un verre de
vieux bourbon, la chaleur intérieure ainsi libérée remonte embaumer son palet. Il l'absorbe
presqu'au goutte à goutte, pour le faire durer.
Trois jours qu'il se terre là. Il ferme les yeux.
Il a alors huit ans. Il dévale une pente particulièrement raide, en VTT, malgré les invectives de ses parents qui ont peur de le voir se rompre le cou. Comme à son habitude, il n'a cure
des conseils d'autrui. Il se nourrit de ces montées d'adrénaline que le risque déclenche. La
vitesse l'enivre. Un virage à droite, puis à gauche. Il rebondit, telle une balle de caoutchouc,
sur toutes les aspérités du terrain, secoué d'un rire nerveux et jouissif. Il atteint les sous-
bois, plonge dans la fragrance humide. De ses pieds, il prend habilement appui sur les
troncs, pour mieux pivoter et se relancer. « Taré ! Tu es vraiment taré ! », lui disent ses
amis quand ils le voient descendre ainsi. Rien ne peut l'arrêter, il est invulnérable. Il pédale
comme un fou sur le replat pour ne pas perdre une once de vitesse, tourne à droite et
repique, dans le mauvais sens. Il s'engouffre entre deux frênes, sa roue avant se bloque
violemment dans les nouds d'une énorme racine. Il jette furtivement un regard à l'arbre
rigolard qui lui a fait ce croc en jambe, s'envole en effectuant un magnifique soleil, entend
distinctement rompent les rayons au moment de son décollage. Dans son ascension, son
dos fracasse plusieurs branches basses avant de s'affaler lourdement dans une gerbe
d'humus. Il reste là, quelques secondes, le souffle court, la vue troublée. Le choc résonne
longuement dans sa tête, rythmant le martellement de ses tempes. La douleur le poinçonne
de partout, mais il est vivant. Il ricane malgré le gout de fer qui remonte dans sa gorge. Il
essaye de bouger. La brume qui tombe sur le sous-bois ne lui permet pas de distinguer
grand-chose et ne lui laisse aucun point de repère. De vagues échos de voix flottent aux
alentours. Il tente de se relever. C'est alors qu'une douleur atroce lui cisaille le bas-ventre.
Son cri étouffé se traduit par une traînée sanguinolente qui s'échappe de sa narine droite.
Il s'est empalé sur il ne sait quelle résurgence de bois. Merde ! Ce n'est pas possible, il ne
va pas crever comme cela, alors qu'il a encore tant d'expériences à vivre. C'est perdu dans
cette pensée qu'il perçoit une main tendue.
- Ça va petit ? - Si ça va ? Vous ne voyez pas que je me suis embroché ? répond-il haletant. Je vais crever ! - Peut-être pas. dit l'homme accroupi à ses côtés. - Peut-être bien que ouais. Bordel, ça fait mal. - Reprend ton souffle calmement. Veux-tu que je t'aide ? - M'aider ? Pourquoi. Vous êtes seulement venu admirer le spectacle ? - Je pourrais bien. lui répond le type, alors que le brouillard s'épaissit. - Vous déconnez ? Appelez les secours. Restez pas planté là, je vous en supplie. - Voilà qui me plait mieux. Puisque tu me supplies, je veux bien t'accorder cette faveur. - Quoi ? Une faveur, alors que je suis en train de crever ? - Fort justement. Tu ne peux t'en sortir que sur mon accord. - Au secours ! A moi ! Je suis en bas. - N'attends pas trop de réponse, tes cris sont étouffés par le brouillard. Au lieu de t'épuiser inutilement, répond-moi. Veux-tu vraiment de mon aide ?
- Oui, sortez-moi de là. - Tu vois, il n'y a rien de plus simple. L'homme lui tend une main que Sébastien saisit fermement, ne se refermant que sur un papier, l'individu a disparu. Sa respiration se fait plus régulière. Il fixe bêtement la feuille
sur laquelle est écrit en lettres de souffre :
« Tu recevras de mes nouvelles, le moment venu. » Il froisse le feuillet et le glisse dans sa poche arrière. - Ça va gamin ? - Quoi ? crie-t-il, en sursautant. - Ça fait dix bonnes minutes que l'on essaie de te localiser. Où as-tu mal ? - Je crois que j'ai un peu mal au dos et. Sébastien porte sa main à son ventre. et c'est tout. - Tu peux te vanter de nous avoir flanqué une sacrée frayeur. - A moi aussi. - Tu as vraiment de la chance. A quelques centimètres prés, tu t'empalais sur ce pieu. Il saisit la main du gars, non sans une légère appréhension. Il se relève pour ne constater que quelques égratignures.
« C'est bon ! Je l'ai retrouvé ! Tout va bien ! » crit le secouriste.
J'ai dû délirer au moment où j'ai perdu connaissance, se dit-il. Ce n'est qu'une fois chez lui, quand sa mère lui tendit le papier chiffonné, trouvé dans la poche de son maillot, qu'il
comprit. Après bien des nuits agitées, son angoisse s'apaisa et sa soif d'aventures grandit.
Il finit même par oublier tout cela, jusqu'à ce courrier.
Il ne fume plus depuis longtemps, mais en cette grande occasion, il met le feu à un gros cigare qu'il conservait pour une circonstance exceptionnelle, trouvant là une dernière raison
de le consumer. Juste le temps de le savourer et il sait, il se consumera lui-même. La lettre est toujours sur le bureau et ne sera jamais ouverte. 24/03/08 :oj P45_Phare fadeP45_Phare fade
Si elle n’avait pas été une telle gourgandine, rien ne serait peut-être arrivé.
Lui il n’aurait pas été la victime de ses errements passés. Elle ne supporte plus de se faire si violemment étriller par cette vieille furie, dont le chien au format rase-motte est toujours
coiffé comme un Punk. Elle l’accable interminablement, alors qu’au fond, elle seule est
responsable. C’est l’amour immodéré et étouffant qu’elle prodiguait à son fils qui poussa sa
jalousie maladive à pourfendre leur couple. Son mariage fut une vraie boîte de Pandore,
libérant toute la haine de sa belle-famille dont les influences séléniennes sautaient aux
yeux, tant ils étaient cons. Son pauvre mari, pris entre deux feux, ne savait plus de quel côté
se tourner, s’affolant comme une vulgaire toupie.
Les ignobles plans de sa mère qui les poussait vers la rupture, le rendirent malade à un point qu’un teint ictère collait à sa peau. Il finit par craquer et repose désormais, sous quelques
pieds d’asphodèles, au pied du phare où il s’est écrasé. Elle en atteint péniblement le
sommet, pantelante, pour y crier sa rage aux embruns écumeux, serrant contre son cœur la
triskèle de son mari.
24/03/08 :oj 3/23/2008 POV’ LAP1 : Œufs à la neige.POV’ LAP1 : Œufs à la neige. Quand le bon dieu plume ses ouailles, L’horizon signe une franchise blanche. Plumeux duvet s’éparpille au loin, Virevoltant dans l’air enivré par cette onction. Les plumettes prennent froid, gèlent dans la traversée Stratosphérique où elles guerroient, Devenant, sous les doigts affutés d’Eole, Des cristaux s’accouplant en suave avalanche. Passant de l’onctueux au givrant flocon, C’est une hérésie blême, hors-saison. Neige en abondance sur les traces du lapin Qui, retourné dans son terrier, en rigole. 23/03/08 :oj 3/22/2008 P29 _ Voix de passageP29 _ Voix de passage
Elles résonnent à travers les montagnes, Prennent naissance sur les plaines de l’est… Chaque nuit, elles reviennent, elles m’accompagnent, Revêtant ma raison, comme une veste.
Plus la nuit est noire, plus elles me chassent. Leur possession ne fait de moi qu’un pantin, La folie vient doucement prendre place Pour me pousser dans l’ombre et jouer de mes mains.
M’embrasent leurs murmures maudits : « Nous sommes là, pour toujours, A faire danser tes nuits. Flambe, jusqu’au jour. »
Une ombre floue, peut-être celle d’une femme, Ondule, m’envoûte, m’attire obstinément. Je veux la figer sur le macadam Pour me libérer de mes tourments.
Comme je l’approche, les voix montent en puissance. Je n’ai pas un fond méchant, ce sont elles qui me commandent. J’aperçois son visage. La surprise de son cri m’est jouissance. D’une lame habile, je l’étreins, pour leurs âmes gourmandes.
Dans ma lie, sournoisement, elles crient : « Tu n’as plus d’autre recours Qu’à faire saigner la nuit. La mort est ton atour. »
A la faveur des brumes, je joue avec les ombres. Leurs voix m’appellent, je suis leur obligé. Je ne sais aujourd’hui en affirmer le nombre, Mais elles rident à jamais mes mains ensanglantées.
La lumière est une braise qui me blesse les yeux. Quand les journées s’allongent, les voix s’amplifient, Je me sens plus à l’aise quand se ferment les cieux. Venez à ma portée, j’accorde la mort en harmonie.
Je n’ai d’ouïe que pour elles : « Chasse pour nous, sans répit… » Me berce la violente ritournelle Quand j’embrasse la nuit.
22/03/08 :oj
3/16/2008 La FanetteAprés quelques semaines de saturation, et une de vacances récupératrice, me revoiloù..; :o)
La Fanette
Le ciel gris donne une note maussade au parvis de cette fin d’été.
Les premières grandes marrées d’automne clament déjà leur furie au vent qui tourbillonne, et la « Tendre Marie » fantasme sa silhouette en écho sur l’horizon qui frissonne. Sur la jeté, la foule s’active, la mer crache son écume aux rivages escarpés, la bise single d’un embrun salé les visages sillonnés des vieux loups dont la trogne, burinée par le scalpel marin, se rit de cette envolée. La Fanette fixe au loin cette ombre vaporeuse que les nuages se jouent à dessiner. Au village, une nouvelle pierre est posée sur un souvenir mouillé. La place est déserte et pleure depuis juillet. Seule, la Fanette, dont la raison s’est naufragée, revient chaque jour avec son bouquet fané. Les yeux de passages la caressent de la tête aux pieds. Ses cheveux bruns filasses jonglent avec la brise, le teint triste et terni de son visage se fige, sans expression. Ses yeux portent un voile que rien ne peut lever tant sa vision se meurt sur le champ des marrées. Dans sa main droite, des fleurs en pâmoison, la gauche étreignant une traîne souillée. La « Tendre Marie » a embarqué son cœur et ne l’a jamais ramené, ne lui laissant que ses pleurs à marier. La Fanette a jeté à l’eau ses escarpins usés. Elle traîne ses pas en dérives dans ses baskets rouges et délavées. La place n’est plus déserte, on est loin de juillet. Autour de la Fanette, la foule s’est rassemblée. Sous le ciel en ombrage, de la « Tendre Marie » les âmes sont repêchées. Un chalut les a prises, entre vent et marrée. 16/03/08 :oj 2/23/2008 Clara et l’échec typeClara et l’échec type
La rame fuse d’une allure cadencée au rythme des croisements du réseau ferroviaire. Les néons jaunes crépitent et jettent une ambiance blafarde sur la face des passagers. L’odeur de renfermé serpente entre les occupants, elle est à peine supportable. Clara est assise, le dos à la fenêtre, les yeux perdus dans de vagues pensées.
Mme Crochu, acculée dans un coin, bonnet de laine enfoncé jusqu’aux lorgnons malgré la
chaleur étouffante de l’habitacle, sa main gauche crispée sur la poignée de sa poussette de marché d’un bleu jaunit et décoloré par le soleil, se recroqueville là, aux aguets. Dans sa main droite, elle serre une vielle paire de ciseaux acérés, cachée sous son manteau
côtelé mauve crasseux, juste au cas où un de ces jeunes échevelés viendrait à l’accoster. C’est la faune du soir, perdue et quelque peu endormie, qui est éparpillée dans le wagon.
Clara les observe sans leur porter d’importance, toujours perdue dans ses pensées. Le petit Xavier est assis en face d’elle, reniflant sans cesse. Il a encore traîné tout
l’après-midi dans les terrains vagues à écumer des bières avec ses copains. Tellement bu, qu’ils en ont pissé des rivières du haut d’un pont qui surplombe l’échangeur
du périph’. Il a ses brodequins tout crottés, se fera surement engueuler par sa mère, s’en
prendra une ou deux par son père, mais n’en a cure.
Clara le fixe sans le regarder car son esprit est ailleurs.
Un peu plus loin, le vieux Edouard mâchouille un reste de chique. Son panier-repas est posé
sur ses genoux. Il arbore un magnifique bleu de travail décoré de cambouis, dont l’odeur rance lui laisse le loisir d’apprécier l’espace adjacent, déserté par les autres voyageurs. Clara baisse les yeux et se perd dans la contemplation du sol. Elle laisse échapper un soupir
angoissé. Barnet et Martens sont deux associés. Ils sont plongés dans la lecture attentive de leur
quotidien respectif. L’un, lit « Les Echos », mais n’en obtient aucune résonnance. L’autre est
plongé dans « France Soir », persuadé que les nouvelles y sont plus fraîches.
Assise entre les deux, Clara se satisfait de l’air chaud du métro, car ce n’est pas sa tenue de
petit rat qui lui permettrait de résister au froid. Elle croise les mains sur son tutu en organdi. Elle fait la moue. Elle avait pourtant tout planifié. Echappée la veille, elle s’était introduite dans les coulisses du grand palais, se mêlant à la troupe du ballet qui inaugurait la nouvelle saison. Elle qui voulait se fondre dans la masse, s’était tout à coup mise en évidence, sa
tenue d’un blanc immaculé tranchant avec les ensembles bleus des autres danseuses.
Prise au dépourvu, elle finit par tomber dans la souricière tendue par les ceux compères qui
avaient remonté sa trace, depuis l’asile. Les poignets désormais menottés à chacun d’eux,
ne lui laissaient aucun espoir de fuite, d’un pas chassé ou du moindre entrechat.
21/02/08
:oj | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||