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8/17/2008 Balade sur l’aire de Bourg-TeyssongeBalade sur l’aire de Bourg-Teyssonge
Qui se rappelle de Walter Lau, ce petit être insignifiant, maigrichon et à la mine défaite ?
Rien, personne, néant, oui, néant…
Quelle âme perdue par cette fraîche nuit d’avril gémit encore ?
Qui pourrait soulever ce mystère ? Les lignes parallèles fraîchement repeintes semblent encore suinter, et ne transpirent pourtant que des
gouttelettes de rosée.
La rêche lumière blanche et crue projetée par les frêles lampadaires, rend l’emplacement encore plus glacial, et ce n’est pas la petite bâtisse de briques rouges coiffée d’un toit vert, incongrue au milieu de
ce vomi de bitume, qui rehausse réellement le manque de couleur.
Il n’y a guère plus d’une douzaine de places pour les véhicules légers et trois ou quatre pour les poids-lourd. Pas de quoi attirer la foule, juste ce qu’il faut pour satisfaire une envie pressante.
Trois petits bosquets ce bousculent pour occuper la place restreinte du minuscule talus situé entre la baraque et le container à ordure.
Seul le nom laisse rêveur. Un poil lubrique, un poil romantique, deux mots qui, lancés comme cela ne laissent pas indifférent, interpellent l’esprit aux aguets.
Oui, c’est cela, aux aguets … C’est une nuit claire, Walter roule depuis un bon moment, peut-être même trop longtemps, quand il
entrevoit le panneau annonçant l’aire de repos. Il sourit à l’évocation que lui procure la consonance de
ce nom, puis son rictus se fige, ses yeux picotent et il serait temps de soulager sa vessie qui, sous la
pression constante de sa ceinture de sécurité, se manifeste par de légers élancements de plus en plus
fréquents.
C’est une nuit claire et fraîche. Il actionne le levier. L’aile droite de sa voiture s’illumine comme s’il venait de réveiller une luciole au derrière orangé, s’exprimant dans un morse monosyllabique. Il dévie
lentement vers le couloir d’engagement qui le conduit droit à un soulagement certain.
Il stationne sa vieille Datsun au plus près de la cabane, descend de sa voiture, repoussant
nonchalamment la portière derrière lui. L’air frais le cueille, mais passé se léger choc thermique, il ne
trouve pas qu’il fait si froid.
Il jette un œil à sa montre, 1h12’. La chaleur du sol s’est depuis longtemps dissipée. Il appuie son cul
contre le capot encore chaud et s’allume une cigarette. Il la savoure par petites bouffées. Malgré qu’il
soit un grand fumeur, il s’interdit de le faire à l’intérieur de l’habitacle, vu qu’il a une sainte horreur des
lieux clos qui sentent le renfermé ou le tabac froid.
Une légère brise caresse son visage, la fumée s’évade en décrivant des courbes verticales, comme happée par une ventilation invisible. Il laisse vagabonder ses pensées, perdu dans la contemplation du
chapelet gris, les fumerolles courant vers le projecteur blafard situé au-dessus de sa tête. Une nuée de
petits diptères improvisent une danse déjantée autour de l’élément perturbateur du colloque qu’ils
tiennent en virevoltant autour de l’ampoule qui brille autant qu’elle le peut, pour les remercier de
tant d’attentions.
L’écho lointain des voies de circulation l’arrache à sa torpeur. Il jette son mégot et le terrasse du talon jusqu’à ce qu’il ne manifeste plus le moindre signe de réanimation.
Le passage d’un poids-lourd arrache au silence un soubresaut d’asphalte languissant au cri étouffé.
Walter s’avance vers les toilettes. Une odeur de lavande chimique mêlée à un relent de vieille pisse
irrite d’entrée ses narines quand il y pénètre. L’utilisateur précédent n’a pas eu le temps d’atteindre la
coupe d’offrande, libérant son effluve le long du mur dont la petite mare visqueuse au coin de celui-ci
témoigne de la violence du jet. Il s’en détourne et s’approche de la première pissotière pour y déposer
son obole. Il sent le liquide chaud s’échapper dans une relaxation totale. Il ferme les yeux un instant,
en soupirant. Bon dieu, il y en à au moins dix litres ! Un bruit de cliquetis le soustrait à sa réflexion.
En sursaut, il tourne la tête, manquant de peu de finir sa vidange sur ses souliers, mais il n’y a personne. Il s’applique à déposer la dernière petite goutte de son aumône quand un violent crissement se fait
entendre. Il remonte sa braguette avec précipitation, entrouvre la porte et jette son œil droit à
l’extérieur, mais n’entrevoit rien. Il suppose que la fatigue lui joue des tours et s’en retourne se laver
les mains.Le bruit est plus net, comme le froissement violent du métal.
Il se précipite dehors, fait le tour de son véhicule et ne constate rien d’anormal. Il fait un tour sur
lui-même, histoire de vérifier qu’il est bien seul sur ce parking.
Il devrait se reposer un peu avant de reprendre la route, se dit-il. Au moment de s’en convaincre, tous les poils de son échine se hérissent. Il a nettement senti quelque chose passer dans son dos et le frôler suffisamment pour en sentir le souffle du déplacement. Paré d’une bonne dose de sueur froide, il se retourne lentement. Son cœur s’emballe, balance une alarme
criarde qui résonne sur ses tempes, mais il n’y a toujours rien…
Rien que lui et sa stupide angoisse nocturne qui se ravive. Cette bonne vieille terreur infantile qu’il
rejette en haussant les épaules. C’est à cet instant précis que l’effroyable bruit de tôle froissée et de
verre brisé l’oblige à refaire volte-face, raisonnant à en broyer ses propres entrailles.
Ses lèvres s’entrouvrent pour laisser échapper un cri, il sent ses yeux quitter leurs orbites et se met à
trembler. Sa voiture git devant lui, éventrée, comme si elle venait d’être pourfendue dans sa longueur
par une griffe géante…
Sous l’effet de surprise, il manque de s’étouffer en ravalant sa salive. (à suivre…) 11-17/08/08 :oj 8/1/2008 Perdu dans l’espacePerdu dans l’espace
Quand l’orage s’éloigne, Que se dissipe le bruit, Quand l’espoir s’éteint en un feu cruel, L’âme étouffe, prise dans la poigne De longs et silencieux cris Qui résultent du duel.
Se ferme alors la porte Où chuchotements et douceurs Se sont évaporés avec le temps, Dans cette chambre où est morte La flamme ardente, nos peurs Désagrégeant nos sentiments.
On croit tout savoir, Mais il n’en est rien, Perdu dans cet espace. On ne veut pas y croire, Alors on se souvient, Pour retrouver sa place.
La réalité est là, sombre, Libérant son flot d’angoisse, Brouillant nos idées pesantes. Le cœur est noir, l’ombre L’enserre dans sa paroisse Que balaye une brise hurlante.
Pourtant, les dommages Ne se voient que dans nos miroirs Inertes où se reflètent Les restes du naufrage. L’amour n’a pas de gloire Où il ne laisse que des miettes.
Ainsi se répète l’histoire. La quête rouvre son chemin, Perdu dans cet espace. On ressort du mouroir, Matin après matin, Errant de place en place.
01/08/08 :oj 7/25/2008 On avanceOn avance
Que faut-il attendre
En marchant sur cette voie ? Faut-il se méprendre, Laissez la vie faire sa loi ? L’écho ne rapporte rien,
Comme si le rideau tombait. Il annonce la fin De ce doux rêve éveillé. A suivre la joie,
S’aveugler du soleil De nos sentiments, On oublie parfois Que le désaccord veille, S’insinue lentement. Malgré tout, on avance
Sans presser le pas. On croit en sa chance, Mais l’ombre est bien là. On suppose bien tenir
Le mystère de sa vie, Qui en nos mains, soupire. Pourtant, il sombre sans bruit. On ne maîtrise pas grand-chose,
Heureux d’être sous le charme, Avant que ne s’impose Un ouragan de larmes. Ce n’est que pas après pas
Que se font les choix De bonheur, ou qui blessent. On ne peut qu’en rester là, Un semblant de peur dans la voix, L’esprit criant sa détresse. Alors, on avance,
Le cœur sur les bras, Souhaitant que la chance Ne nous oublie pas. 25/07/08 :oj 7/24/2008 CAROLECAROLE
Comme le cœur peut se laisser surprendre
Avec un souffle de folie et d’amour. Rien ne s’ouvre à l’esprit qui n’occulte Ombres et brouillards dans ces jours. La vie est plus simple quand on veut la comprendre Et laissez la porte ouverte aux sentiments qui auscultent. Certains vous diront peut-être Avoir tout vécu dans leur vie, Régné sur des empires en maîtres Ou amassé des fortunes immenses. Libre à eux s’ils en ont l’importance, Être deux, au final, n’a pas de prix. 16/09/06 :oj
C’est comme un ouragan
Au final aboli Rien n’effleure aux sentiments Outre les pleurs en appuis. L’heure n’est plus à l’amble Et du fracas du cœur, je tremble. Comme une fin de saison
Aux couleurs grises, Rien après tout On ne maîtrise. L’illusion des sentiments Ecorche ma vie en plan. Comme je l’aurais aimé,
Armé de tendresse et patience, Rêvant la voir se libérer. On laisse aujourd’hui aux silences Le soin de panser. Elle et son cœur se sont échappés. 24/07/08 :oj 7/5/2008 SOMBRITUDESOMBRITUDE
On est assis là.
On regarde l’autre affirmer sa présence au fil des jours.
Au début, la pièce semble bien exposée, la baie vitrée accorde à la lumière un passage
démesuré, tout est si clair, à en blesser les yeux.
Tout est immense et si distant… Le vide s’étire à son aise et donne une sensation d’isolement à chacune des parties du mobilier.
On regarde au-dehors s’émanciper la vie. Les heures s’amenuisent dans le bruissement des feuillages et le piaillement des oiseaux à qui un chat promet de douces caresses.
La brise qui livre sa berceuse, se frotte aux branches comme un archet fluide et incontrôlé, délivrant des notes voltigeuses.
Les premières heures en ce lieu libèrent leur dose d’angoisse sur la réorganisation de notre vie.
Puis, les repères s’imposent, les distances se font familières et les déplacements anodins. Les semaines, les mois, les saisons s’accommodent pour n’offrir, au bout du compte, que le poids de l’enclume où se bat le fer de l’usure du temps.
On est là, assis. Elle, s’approche sans un bruit. Inconsciemment, on la fixe de plus en plus, la baie vitrée devient terne. La pièce restreinte commence à vous oppresser. Son emploi journalier fait que l’on perd la maîtrise du temps. Les repères s’effacent quand ce garde-fou s’absente et se joue de l’élasticité de la mémoire.
On est assis là, à la regarder, tout près, si près… Finalement, tout devient exigu, tout ralenti face aux heures échappées. Allez, venir, la routine enlacée, sans pleure ni rire l’avent est déphasé. Derrières la baie voilée, tout semble allez si vite face à ces heures d’attente sans saveur, dégrisées. Le compteur n’est plus cadencé au rythme de cette hospitalité.
On finit encore assis. On sait qu’elle est là rampante dans la nuit et le jour, sur vos pas. Ici, la lumière s’invite dans une dernière et inutile conviction d’éclairer la vie. L’ennui a laissé place à l’oubli. On est assis là à regarder l’autre enfiler vos propres habits.
Quand elle ouvre les bras, on s’y glisse sans mépris. De la vie au trépas, il n’y a qu’à prendre le plis. 01/06/08 :oj 4/21/2008 S’il est encore tempsS’il est encore temps
Sur mes paupières
Coule la vérité. Des nuits entières, Je ne peux oublier. Il y a si peu d’espace, Je ne peux m’envoler. Le temps en moi retrace Une route, pour changer. Je plonge dans l’abîme,
Retrouver l’homme à l’affut. Mes tableaux se griment D’une absinthe, dont le flux Ruine ma vie, sans retenue. Reste un fil d’espoir, infime. Encore un départ,
Est-ce le bon, maintenant ? De ce lieu où s’égarent Mes tourments, Encore un regard Sur mon ancien temps, S’il n’est pas trop tard De libérer l’enfant. Cette carapace de l’offense
Où mon paradis prit fin, Livre sa carence Dans la moiteur de mes mains. Les cris de mes parents, cette clameur, Les coups, finir à genoux, Me resserrent le cœur. En venir à bout ? Repeindre l’espoir,
Recouvrer mon vent, Cacher le miroir De ma livrée d’antan. A marcher dans le noir, Je m’affirme pourtant, Me relève du mouroir, La peur entre les dents. 21/04/08 :oj Ma clope ! (sur un air de...)Ma clope !
Quand même, j’vous assure,
C’est pas rigolo, C’est pas une sinécure S’boulot. Croyez bien qu’je bosse, Que j’porte mon fardeau, Mais là on m’cherche des crosses Dans l’dos. C’est pas qu’ça m’dérange, Entendez-moi bien, Y’a qu’les cons qui n’changent Pas, j’sais bien… Mais m’prendre un P.V, Comme une apocope, Me privant d’fumer Ma clope ! J’m’en relève la nuit
Attiser ma braise Car c’est là que j’suis A l’aise. J’prétexte le p’tit coin, Que j’aurais des fuites, Que j’retiens plus rien, Ma p’tite. J’reste le cul vissé Sur un coin d’la selle. J’dois être barbouillé, Pense-t-elle… Moi je peux taffer Sans peur qu’on me chope. Là, j’peux savourer Ma clope ! Y’en a qui fricotent,
Qui se purgent l’haleine, Sans risquer la note, A peine… Suffirait d’pouvoir Arrêter mant’nant Sous le bon vouloir D’ces gens. C’est la loi nouvelle : Préservons l’air pur. Moi dans la ruelle, J’carbure. Avec les doigts gelés, J’vous jure qu’c’est pas top D’arriver d’fumer, Ma clope ! J’ai pas la vérole,
Je crame pas du chanvre, J’transpire pas l’alcool, Moi j’trouve. Je fais pas l’aumône, Mais quand vient décembre, J’me caille les neurones, J’me couvre. J’étais bien pépère, Je faisais pas d’mal, Trouvant l’atmosphère Au poil, Maint’nant j’vais m’cailler Quand le vent m’env’loppe, En allant fumer Ma clope ! Voyez, c’est malin,
Quand il fait pas beau, J’dois trouver un coin, Je bouge. Même dans les jardins, Les gens tournent le dos, Car fumer, ça craint. J’vois rouge. Faudrait qu’je picole, Là, on m’dirait rien. Etre bourré quand j’rentre S’rait bien. J’devrais m’contenter De soulever des chopes, Plutôt que d’fumer Ma clope ! 20/04/08 :oj 4/9/2008 Actes Manqué (11) : Y'a quelque chose qui cloche ?Actes Manqué (11) : Y'a quelque chose qui cloche ?
« Attention, avant de vous adresser au guichet, pensez à vous munir de l'unique souvenir qui rappelle que vous avez été vivant ! »
- SUIVANT !! - Bonjour. - Ah ! Bonjour monsieur. Pour vous ce sera le couloir C. Vous avez bien pris compte de la consigne avant de venir réclamer votre aiguillage ?
- Oui, c'est bon, j'ai ce qu'il me faut. Mais, c'est tout ? - Ben oui. Vous attendiez quoi ? - Ben, j'imaginais l'accueil un peu plus. - Quoi ? Vous pensiez trouver des anges aux harpes bucoliques, voir des trompettes tonitruantes pour saluer votre arrivée ?
- Peut-être pas ce genre de folklore, mais éventuellement un brin plus accueillant, quelque chose qui ressemble aux portes du paradis, une sorte de bienvenue dans l'autre monde,
mais pas ce pole administratif.
- Parce que vous croyez qu'il suffit de claquer des doigts, et pouf ! On est au jardin d'Eden ? - En fait, j'ai plutôt claqué du bec. - Vous m'excuserez, mais je n'ai pas le temps de jouer sur les mots. On ne rentre pas ici comme dans un moulin. On doit d'abord passer à l'étude de votre dossier avant de savoir
vers quelle option vous serez dirigé.
- Option ? - Oui les orientations restent très nombreuses. Maintenant, si vous le voulez bien, il y a foule, comme on dit, et même quand on dispose de l'éternité, on n'a pas de temps à
perdre.
- Je n'abuserais pas, mais on le rencontre quand ? - Qui ? - Ben, le bon dieu. - Le. Ah, oui. Comment vous dire, à force de vouloir être partout à la foi, il finit par ne plus être bien visible, mais nous faisons tout notre possible pour assurer ses services.
- Arrêter, je vais finir par me croire dans un bureau de S.A.V. - Malheureusement, si vous êtes là, c'est bien qu'il n'y a plus la possibilité de réparer. - C'est bien ce que je dis. Je vous remercie tout de même pour votre charmant accueil - Dans ce cas, vous n'avez plus qu'à rejoindre le bout de la file d'attente, dans le corridor. Au revoir.
- Très bien. Isidore gagne donc le couloir C, d'un pas nonchalant, les mains dans les poches. Il se cale à l'arrière de la longue procession dont il n'aperçoit pas l'extrémité. A peine a-t-il pris position,
qu'un homme vient se placer sur ses talons. Il se sent tout de suite mal à l'aise car il a
horreur d'être oppressé dans si peu d'espace. Ce n'est pourtant pas la place qui doit manquer
ici. Il n'en revient pas. Tous croulent sous le poids d'énormes dossiers. Il y en a munis de
brouette, de caddie, de diable, de toutes sortes d'engins qui permettent le transport de
tonnes de paperasses, agglutinés dans ce goulot. On étouffe ici, bien qu'ils soient déjà tous
refroidis, puis l'oxygène tend à se raréfier. Isidore pouffe intérieurement à cette pensée,
comme s'il respirait encore.
Il se retourne vers le nouveau venu et constate qu'une vingtaine de personnes se sont ajoutées à la file. Malgré la foule dense, l'avancée reste fluide et constante. Un pas, puis
deux, un autre, une pause de quelques secondes, puis ça repart. La personne qui le suit
semble intriguée. - Excusez-moi mais, vous ne vous êtes pas trompé de file ? - Pourquoi ? C'est bien la C ? rétorque Isidore. - Oui mais je suis surpris que vous n'ayez rien avec vous. Votre vie a-t-elle été si dépourvue de relief que vous ne vouliez point en garder ?
- Non, ce n'est pas cela. Au contraire, je suis repu et mon existence fut des plus agréables. Vous savez, même le plus miséreux d'entre nous détient au moins un doux souvenir à
sauvegarder. Ne vous fiez pas aux apparences. Tel que vous me voyez, je dispose d'une
multitude d'informations que le plus gros de ces dossiers ne saurait contenir. - J'avoue que je ne vous suis pas. - Pourtant, vu votre position. Pourquoi vous encombrer ainsi, alors que dans ce monde moderne, il suffit de si peu.
- Je ne saisis pas. Là, il y a quelque chose qui cloche. - Je vous en prie, de toute manière ce cortège avance plus vite que je ne m'y attendais. J'aurais cru passer une partie de l'éternité ici.
- J'ai entendu dire qu`ils avaient un local de réception spécifiquement aménagé pour cela. Ceci étant, vous ne m'éclairez guère sur votre manque de charge.
- Vous allez bientôt être avisé, ça va être mon tour. - Je suis impatient de voir ça. Isidore sourit, les mains toujours dans ses poches. Il franchit les quelques pas qui le sépare de ce nouveau guichet.
- Bonjour. Vous êtes ? - M. Isidore Paske. - Un instant, je consulte ma liste. voilà. Vous avez bien lut l'écriteau vous demandant de prendre en charge vos souvenirs ?
- Oui, mais je suis une personne qui vit avec son temps. - Rectification, qui vivait. - Rectifié, en effet. Tenez, tout est là. Le guichetier regarde l'objet qu'Isidore a sorti de sa poche et posé délicatement devant lui. Il interpelle un collègue qui, fixant le petit bout de plastique, secoue la tête avec
amusement.
- Excusez-moi monsieur Paske, mais je fais quoi de cela ? - Rien de plus simple, il vous suffit de la brancher sur un ordinateur et d'en récupérer le contenu.
- Vous pourriez préciser ? - C'est facile, regardez. J'enlève le capuchon. Ceci est une clé USB dans laquelle j'ai stocké tous les dossiers et photos personnels, tous les documents importants de ma vie.
- Et vous apercevez un quelconque ordinateur ici ? - Non mais vous devez bien en avoir un pas loin de là. Tous les services administratifs en sont équipés, chez nous.
- Vous n'auriez pas amené une centrale électrique avec vous ? lui demande le guichetier en éclatant de rire.
- Mais vous faites comment pour la lumière ? - Ici l'éclairage est naturel, il y fait constamment jour. Vous n'avez plus qu'à retourner à l'accueil, penser à vos souvenirs pour en générer les volumes, et revenir nous voir.
- J'ai fait tout ce chemin pour rien ? - C'est le problème des gens qui croient tout savoir. Vous n'avez plus qu'à reprendre la petite coursive, en face. Tachez de faire les choses dans l'ordre.
- Vous êtes certain de n'avoir aucune autre solution ? On pourrait peut-être la brancher ailleurs.
- Il va falloir arrêter de croire aux miracles, monsieur. La seule façon d'être au courant ici, serait de se prendre la foudre.
- Et vous trouvez ça malin. - Il y a une différence entre être sûr de soi et sûr de ce que l'on fait. A bientôt. Isidore s'en retourne dans l'interminable allée qui le ramène à son point de départ, se maudissant à chaque pas qu'il fait. 04/04/08 :oj 3/30/2008 Ba ! jours là, j’a mouru…Ba ! jours là, j’a mouru…
C’est c’te bô matin, dans une ch’tite clairière.
J’balade mon mâtin qu’tire sur la lanière. L’air frais est emprunt des senteurs des rosières. J’prends toujours ce ch’min pour garder mes repères. L’aube s’fraie un brin d’lumière ent’les arbres.
Ca donne un air d’mystère comme un effroi de marbre. J’lâche mon chien qui flaire tous les amoncellements glabres. Il est tout fou quand j’libère… Il y pisse partout d’s’tous les arb’. On avance pépère, tout droit pour s’poser dans la lumière
Où s’espacent en cercle de noix c’tes feuillus, c’tes connifères Assemblés là, unis com’ mes doigts, communion d’frères, Com’ pour m’cueillir mon chien et moi au milieu d’un conseil de guerre. L’ciel amorcé d’ptits nuages blancs se découvre à nos yeux d’réveille. Nous au milieu d’cézarb’ géants, on écoute s’nature qui fraye. L’bourrasque nous a ballotté par le vent t’fait sortir à s’t’heure de ton sommeil, Secouant les masses en pleins d’craquements à n’plus entendre bourdonner l’zabeille. Moi, j’suis là que j’l’a pas vu venir. l’Nestor à kèke pas a flairé d’pauv’ bêtes.
Si j’avais’tendu c’te voix qu’pousse à m’enfuir, j’s’rais pas ici à commenter c’te lettre. J’m’avais fait bô et tout reluire car au marché j’rejoignais Lucette. La pauv’ doit encore s’languir à croire qu’jui ai posé l’apin, mazette ! J’tais là à regarder l’chien frémir, l’nez en l’air, l’yeux hors d’la bête.
La première fois qu’j’lai entendu gémir à m’en fair’ glacer la tête, Que j’n’ai même pas vu l’coup v’nir tant qu’ma bestiole avait l’air inquiète. A peine j’leva les yeux, en un soupir qu’j’étais réduit en miettes… J‘vous dis, j’m’attendais pas à ça. C’machin m’a tombé sur la tête, Pas eu l’temps d’l’éviter un brin, Qu’j’méclate comme un p’tit pois dans l’assiette. 3/24/2008 Acte Manqué 9 : 1, 2, 3, soleil.Acte Manqué 9 : 1, 2, 3, soleil.
La lettre est sur son bureau depuis trois jours, non ouverte. Sébastien a pour coutume, comme chaque week-end, de se mettre au vert et multiplie les activités. Qu'il fasse beau, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, rien ne l'arrête, prenant
toujours des risques plus ou moins calculés.
Puis il a un bon ange-gardien. Il est toujours sortie indemne de tous les accidents qui lui sont arrivés. Il a survécu une semaine sous terre, coincé dans une grotte inondée, ses
trois coéquipiers ayant moins de chance que lui, frôlé de justesse par une avalanche dans
un couloir qu'il venait de traverser, la masse neigeuse emportant une autre cordée. Autant
de détails qui lui donnent une confiance sans borne en sa manne protectrice.
Sa mère se fond en prières à chacun de ses départs, lui disant qu'il n'y a rien d'éternel, que la chance finirait par le lâcher. Ces propos le font rire aux éclats, déclarant qu'elle
seule portait la guigne à la famille.
Mais la lettre est là pour livrer son annonce fatale dans une enveloppe cartonnée, dégageant une odeur de souffre. Trente cinq longues années qu'il n'a senti ce parfum.
Sébastien reste calé dans le fond de son fauteuil, sirotant avec délectation un verre de
vieux bourbon, la chaleur intérieure ainsi libérée remonte embaumer son palet. Il l'absorbe
presqu'au goutte à goutte, pour le faire durer.
Trois jours qu'il se terre là. Il ferme les yeux.
Il a alors huit ans. Il dévale une pente particulièrement raide, en VTT, malgré les invectives de ses parents qui ont peur de le voir se rompre le cou. Comme à son habitude, il n'a cure
des conseils d'autrui. Il se nourrit de ces montées d'adrénaline que le risque déclenche. La
vitesse l'enivre. Un virage à droite, puis à gauche. Il rebondit, telle une balle de caoutchouc,
sur toutes les aspérités du terrain, secoué d'un rire nerveux et jouissif. Il atteint les sous-
bois, plonge dans la fragrance humide. De ses pieds, il prend habilement appui sur les
troncs, pour mieux pivoter et se relancer. « Taré ! Tu es vraiment taré ! », lui disent ses
amis quand ils le voient descendre ainsi. Rien ne peut l'arrêter, il est invulnérable. Il pédale
comme un fou sur le replat pour ne pas perdre une once de vitesse, tourne à droite et
repique, dans le mauvais sens. Il s'engouffre entre deux frênes, sa roue avant se bloque
violemment dans les nouds d'une énorme racine. Il jette furtivement un regard à l'arbre
rigolard qui lui a fait ce croc en jambe, s'envole en effectuant un magnifique soleil, entend
distinctement rompent les rayons au moment de son décollage. Dans son ascension, son
dos fracasse plusieurs branches basses avant de s'affaler lourdement dans une gerbe
d'humus. Il reste là, quelques secondes, le souffle court, la vue troublée. Le choc résonne
longuement dans sa tête, rythmant le martellement de ses tempes. La douleur le poinçonne
de partout, mais il est vivant. Il ricane malgré le gout de fer qui remonte dans sa gorge. Il
essaye de bouger. La brume qui tombe sur le sous-bois ne lui permet pas de distinguer
grand-chose et ne lui laisse aucun point de repère. De vagues échos de voix flottent aux
alentours. Il tente de se relever. C'est alors qu'une douleur atroce lui cisaille le bas-ventre.
Son cri étouffé se traduit par une traînée sanguinolente qui s'échappe de sa narine droite.
Il s'est empalé sur il ne sait quelle résurgence de bois. Merde ! Ce n'est pas possible, il ne
va pas crever comme cela, alors qu'il a encore tant d'expériences à vivre. C'est perdu dans
cette pensée qu'il perçoit une main tendue.
- Ça va petit ? - Si ça va ? Vous ne voyez pas que je me suis embroché ? répond-il haletant. Je vais crever ! - Peut-être pas. dit l'homme accroupi à ses côtés. - Peut-être bien que ouais. Bordel, ça fait mal. - Reprend ton souffle calmement. Veux-tu que je t'aide ? - M'aider ? Pourquoi. Vous êtes seulement venu admirer le spectacle ? - Je pourrais bien. lui répond le type, alors que le brouillard s'épaissit. - Vous déconnez ? Appelez les secours. Restez pas planté là, je vous en supplie. - Voilà qui me plait mieux. Puisque tu me supplies, je veux bien t'accorder cette faveur. - Quoi ? Une faveur, alors que je suis en train de crever ? - Fort justement. Tu ne peux t'en sortir que sur mon accord. - Au secours ! A moi ! Je suis en bas. - N'attends pas trop de réponse, tes cris sont étouffés par le brouillard. Au lieu de t'épuiser inutilement, répond-moi. Veux-tu vraiment de mon aide ?
- Oui, sortez-moi de là. - Tu vois, il n'y a rien de plus simple. L'homme lui tend une main que Sébastien saisit fermement, ne se refermant que sur un papier, l'individu a disparu. Sa respiration se fait plus régulière. Il fixe bêtement la feuille
sur laquelle est écrit en lettres de souffre :
« Tu recevras de mes nouvelles, le moment venu. » Il froisse le feuillet et le glisse dans sa poche arrière. - Ça va gamin ? - Quoi ? crie-t-il, en sursautant. - Ça fait dix bonnes minutes que l'on essaie de te localiser. Où as-tu mal ? - Je crois que j'ai un peu mal au dos et. Sébastien porte sa main à son ventre. et c'est tout. - Tu peux te vanter de nous avoir flanqué une sacrée frayeur. - A moi aussi. - Tu as vraiment de la chance. A quelques centimètres prés, tu t'empalais sur ce pieu. Il saisit la main du gars, non sans une légère appréhension. Il se relève pour ne constater que quelques égratignures.
« C'est bon ! Je l'ai retrouvé ! Tout va bien ! » crit le secouriste.
J'ai dû délirer au moment où j'ai perdu connaissance, se dit-il. Ce n'est qu'une fois chez lui, quand sa mère lui tendit le papier chiffonné, trouvé dans la poche de son maillot, qu'il
comprit. Après bien des nuits agitées, son angoisse s'apaisa et sa soif d'aventures grandit.
Il finit même par oublier tout cela, jusqu'à ce courrier.
Il ne fume plus depuis longtemps, mais en cette grande occasion, il met le feu à un gros cigare qu'il conservait pour une circonstance exceptionnelle, trouvant là une dernière raison
de le consumer. Juste le temps de le savourer et il sait, il se consumera lui-même. La lettre est toujours sur le bureau et ne sera jamais ouverte. 24/03/08 :oj P45_Phare fadeP45_Phare fade
Si elle n’avait pas été une telle gourgandine, rien ne serait peut-être arrivé.
Lui il n’aurait pas été la victime de ses errements passés. Elle ne supporte plus de se faire si violemment étriller par cette vieille furie, dont le chien au format rase-motte est toujours
coiffé comme un Punk. Elle l’accable interminablement, alors qu’au fond, elle seule est
responsable. C’est l’amour immodéré et étouffant qu’elle prodiguait à son fils qui poussa sa
jalousie maladive à pourfendre leur couple. Son mariage fut une vraie boîte de Pandore,
libérant toute la haine de sa belle-famille dont les influences séléniennes sautaient aux
yeux, tant ils étaient cons. Son pauvre mari, pris entre deux feux, ne savait plus de quel côté
se tourner, s’affolant comme une vulgaire toupie.
Les ignobles plans de sa mère qui les poussait vers la rupture, le rendirent malade à un point qu’un teint ictère collait à sa peau. Il finit par craquer et repose désormais, sous quelques
pieds d’asphodèles, au pied du phare où il s’est écrasé. Elle en atteint péniblement le
sommet, pantelante, pour y crier sa rage aux embruns écumeux, serrant contre son cœur la
triskèle de son mari.
24/03/08 :oj 3/23/2008 POV’ LAP1 : Œufs à la neige.POV’ LAP1 : Œufs à la neige. Quand le bon dieu plume ses ouailles, L’horizon signe une franchise blanche. Plumeux duvet s’éparpille au loin, Virevoltant dans l’air enivré par cette onction. Les plumettes prennent froid, gèlent dans la traversée Stratosphérique où elles guerroient, Devenant, sous les doigts affutés d’Eole, Des cristaux s’accouplant en suave avalanche. Passant de l’onctueux au givrant flocon, C’est une hérésie blême, hors-saison. Neige en abondance sur les traces du lapin Qui, retourné dans son terrier, en rigole. 23/03/08 :oj 3/22/2008 P29 _ Voix de passageP29 _ Voix de passage
Elles résonnent à travers les montagnes, Prennent naissance sur les plaines de l’est… Chaque nuit, elles reviennent, elles m’accompagnent, Revêtant ma raison, comme une veste.
Plus la nuit est noire, plus elles me chassent. Leur possession ne fait de moi qu’un pantin, La folie vient doucement prendre place Pour me pousser dans l’ombre et jouer de mes mains.
M’embrasent leurs murmures maudits : « Nous sommes là, pour toujours, A faire danser tes nuits. Flambe, jusqu’au jour. »
Une ombre floue, peut-être celle d’une femme, Ondule, m’envoûte, m’attire obstinément. Je veux la figer sur le macadam Pour me libérer de mes tourments.
Comme je l’approche, les voix montent en puissance. Je n’ai pas un fond méchant, ce sont elles qui me commandent. J’aperçois son visage. La surprise de son cri m’est jouissance. D’une lame habile, je l’étreins, pour leurs âmes gourmandes.
Dans ma lie, sournoisement, elles crient : « Tu n’as plus d’autre recours Qu’à faire saigner la nuit. La mort est ton atour. »
A la faveur des brumes, je joue avec les ombres. Leurs voix m’appellent, je suis leur obligé. Je ne sais aujourd’hui en affirmer le nombre, Mais elles rident à jamais mes mains ensanglantées.
La lumière est une braise qui me blesse les yeux. Quand les journées s’allongent, les voix s’amplifient, Je me sens plus à l’aise quand se ferment les cieux. Venez à ma portée, j’accorde la mort en harmonie.
Je n’ai d’ouïe que pour elles : « Chasse pour nous, sans répit… » Me berce la violente ritournelle Quand j’embrasse la nuit.
22/03/08 :oj
3/16/2008 La FanetteAprés quelques semaines de saturation, et une de vacances récupératrice, me revoiloù..; :o)
La Fanette
Le ciel gris donne une note maussade au parvis de cette fin d’été.
Les premières grandes marrées d’automne clament déjà leur furie au vent qui tourbillonne, et la « Tendre Marie » fantasme sa silhouette en écho sur l’horizon qui frissonne. Sur la jeté, la foule s’active, la mer crache son écume aux rivages escarpés, la bise single d’un embrun salé les visages sillonnés des vieux loups dont la trogne, burinée par le scalpel marin, se rit de cette envolée. La Fanette fixe au loin cette ombre vaporeuse que les nuages se jouent à dessiner. Au village, une nouvelle pierre est posée sur un souvenir mouillé. La place est déserte et pleure depuis juillet. Seule, la Fanette, dont la raison s’est naufragée, revient chaque jour avec son bouquet fané. Les yeux de passages la caressent de la tête aux pieds. Ses cheveux bruns filasses jonglent avec la brise, le teint triste et terni de son visage se fige, sans expression. Ses yeux portent un voile que rien ne peut lever tant sa vision se meurt sur le champ des marrées. Dans sa main droite, des fleurs en pâmoison, la gauche étreignant une traîne souillée. La « Tendre Marie » a embarqué son cœur et ne l’a jamais ramené, ne lui laissant que ses pleurs à marier. La Fanette a jeté à l’eau ses escarpins usés. Elle traîne ses pas en dérives dans ses baskets rouges et délavées. La place n’est plus déserte, on est loin de juillet. Autour de la Fanette, la foule s’est rassemblée. Sous le ciel en ombrage, de la « Tendre Marie » les âmes sont repêchées. Un chalut les a prises, entre vent et marrée. 16/03/08 :oj 2/23/2008 Clara et l’échec typeClara et l’échec type
La rame fuse d’une allure cadencée au rythme des croisements du réseau ferroviaire. Les néons jaunes crépitent et jettent une ambiance blafarde sur la face des passagers. L’odeur de renfermé serpente entre les occupants, elle est à peine supportable. |